Bossuet aurait dit :
Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.
Autre époque, autres rieurs et moins divins de nos jours les rieurs de l’IA, mais la citation n’en reste pas moins terriblement d’actualité.
Après un étrange lobbying commercial des éditions Lefebvre-Dalloz qui aura su conquérir le cœur CFDT du secrétaire du CSE (vu la très pénible insistance et les nombreuses relances dont il aura fait preuve auprès des élus), le CSE Innovation a approuvé le 21 mai 2026 la résolution 56.6.1.1 pour procéder à l’acquisition de licences de “GenIA-L”, le LLM “Assistant juridique”.
La délégation SUD a voté contre, comme d’autres ; hélas, le chant des sirènes l’a emporté à la majorité…
Malheureusement, à travers l’intervention (que vous trouverez ci-dessous) faite par notre délégation avant le vote, nous avons tout tenté pour éclairer les élus sur les risques encourus et sur l’exemplarité dont nous aurions dû faire preuve en matière d’IA face à la direction. Comment la CFDT compte-t-elle, dans un avenir très proche comme dans le présent, contrer ou convaincre une direction dans ses pires travers alors qu’elle-même s’est vautrée dans le mirage de l’IA à la première occasion venue ?
Quelques petites citations pour débuter
Elon Musk (Propriétaire depuis, d’une des pires IA à savoir Grok) :
L’intelligence artificielle est potentiellement plus dangereuse que les armes nucléaires. Nous sommes en train de convoquer le démon avec l’IA. Vous savez tous ces histoires où l’on invoque un démon et on ne parvient pas à s’en débarrasser ? C’est exactement ce que nous faisons avec l’IA.
Cédric Villani :
L’intelligence artificielle c’est tous les développements informatiques non encore aboutis qui permettent de faire le buzz et d’alimenter les fantasmes.
Yann Le Cun le chercheur français en intelligence artificielle, pionnier du deep learning et ancien responsable de la recherche IA chez Meta :
L’intelligence artificielle, c’est les programmes qui ne vous donnent pas à l’avance le résultat du programme. Les LLM, ne s’appuyant que sur du texte, ont une compréhension limitée du monde. Cela les condamne à halluciner régulièrement, ce qui devrait rendre inenvisageable leur application à des industries sensibles comme la santé ou la défense.
Stephen Hawking :
Le développement complet de l’intelligence artificielle pourrait signifier la fin de l’espèce humaine.
Serge Bouchard :
Attention au virus de l’intelligence artificielle. La représentation parfaite endort le cerveau.
Emmanuel Vivier :
Nous humanisons, nous anthropomorphisons de plus en plus ces modèles, et c’est très mauvais. C’est la pire chose que nous puissions faire aujourd’hui pour l’opinion publique et l’éducation autour de l’IA.
Un petit préambule
L’IA était initialement un débat domestique américain poussé par des gens qui se rêvent en démiurge qui n’ont plus d’autres problème dans la vie que de prendre du pouvoir ou d’essayer d’être immortel.
Mais aujourd’hui l’intelligence artificielle c’est surtout un concours de virilité masculiniste entre le patron de Google, d’Open AI, de Meta, de X et de tous les autre milliardaires américains. Des gens qui s’ennuient et n’ont pas d’autres problèmes dans la vie que de créer des gadgets.
Un exemple ? Selon TheVerge.com, Mark Zuckerberg rêve de créer son clone IA qui pourrait le remplacer pendant les réunions.
Jusqu’où ira l’omniprésence de l’IA dans nos vies ?
En Albanie, Diella, le ministre des Marchés publics est une IA.
ChatGPT dépasse le milliard d’utilisateurs 3 ans seulement après son lancement. On assiste hébété à une courbe d’adoption qui est fulgurante, beaucoup plus rapide que celle du smartphone qui jusque-là était en tête du palmarès.
Un des premières choses à faire, c’est de déconstruire un mythe. Ces grands fournisseurs sont tous Américains, et ce sont toujours les mêmes, Microsoft, Amazon, MTA, maintenant rejoins par Open IA, Oracle et cetera.
Déviances et autres travers périphériques en vrac : rapport à la vérité, hallucination, droits d’auteur, travers, fonctionnement
Rappelons que l’IA générative ne fait qu’essayer de deviner les mots les plus probables à partir d’une requête, en fait il n’y a aucune intelligence, ce n’est que de la reproduction accélérée.
D’après une étude de l’EBU l’European Broadcasting Union, 45 % des réponses des assistants IA sur des questions d’actualité contiendraient au moins une erreur. Cela va de la citation mal attribuée à l’erreur factuelle en passant par l’hallucination pure et simple. On apprend sans surprise que Gemini, l’IA de Google dont la seule fonction semble être de raconter n’importe quoi sur la première page du moteur de recherche, réalise le pire score de toutes, avec 76 % de réponses comprenant une erreur.
Un article du New York Times s’est penché sur le livre “The Future of Truth”, livre qui, rappelons-le, s’intéresse à l’avenir de la notion de vérité, livre qui serait lui-même farci de citations générées par IA. à la suite de cela, l’auteur Steven Rosenbaum a annoncé que les futures éditions seront corrigées et que « ces erreurs dues à l’IA n’enlèvent rien à l’importance des questions posées par son livre au sujet de la vérité et de la confiance, ainsi que sur les conséquences de l’IA sur la société et la démocratie ». Et, d’une certaine façon, il a raison. Le fait que l’auteur d’un livre sur l’évolution de notre rapport à la vérité sombre lui-même dans les travers qu’il prétendait analyser constitue en soi une preuve que le mal est bien avancé et ne se limite pas aux ados fans de TikTok.
Des développeurs d’un mini-jeu Roblox très célèbre, « Steal A Brainrot », ont lancé injonction à Mementum Lab une agence parisienne de “machins” générés par IA de ne plus utiliser les créations des « artistes » qu’ils représentent. Cela peut sembler absurde, mais pose une question aussi vertigineuse qu’essentielle : peut-on revendiquer la propriété d’une œuvre produite à l’aide d’une IA génératrice ? Jusqu’ici nul ne pensait qu’il était possible de revendiquer des droits d’auteur sur une image, vidéo ou musique bricolée par un LLM — lui-même fruit de l’ingestion non rétribuée d’une quantité pantagruélique d’œuvres humaines copyrightées.
A savoir aussi que, depuis quelque temps, les utilisateurs de ChatGPT se plaignent d’une tendance du chatbot à parler d’êtres imaginaires, même lorsque cela n’a aucun lien avec la conversation en cours.
Mais pourquoi ?
Si comme toujours avec les LLM, il est difficile de le savoir, c’est peut-être parce que le même prompt système incite les IA d’OpenAI à simuler une « vie intérieure riche » pour qu’il soit amusant de converser avec elles. De « vie intérieure riche » à « schizophrénie latente », il n’y a comme souvent qu’un pas, que ChatGPT a franchi en se mettant à halluciner des créatures oniriques.
En tant qu’humains, lorsque nous choisissons de ne pas entreprendre une tâche, c’est souvent pour des raisons qui tiennent à ce qu’on appelle la friction : Elle demanderait un effort trop important. Et ce n’est pas là de la flemme on doit choisir ses batailles. C’est d’ailleurs cet enchainement de choix de batailles qui détermine en partie nos identités. Mais voilà que débarque aujourd’hui un machin capable de réduire à néant ou presque l’effort nécessaire pour accomplir un grand nombre de tâches jusque-là pénibles. Conséquence, on constate partout une explosion :
- de soumissions de manuscrits à des éditeurs
- de soumissions à les cours fédérales américaines débordées de plaintes qui, sans l’IA, n’auraient jamais été déposées
- toutes les institutions humaines qui étaient régulées non par l’argent mais par la friction sont menacées par l’IA
Au niveau individuel, on ne mesure pas encore les conséquences humaines d’un bouton magique capable de transformer immédiatement nos idées en produit fini, sans qu’aucune difficulté de ne vienne nous entraver. Or, si avoir une idée est à la portée de n’importe quel imbécile, c’est dans le travail qui suit que réside toute sa valeur et que se fera la différence entre une vague intuition sans avenir et une réalisation digne de mérite. À trop l’oublier, nous risquons de nous en mordre les doigts.
Tandis que, dans bien des entreprises, les employés se voient imposer l’usage d’IA dont ils ne veulent pas par une hiérarchie complètement matrixée, certains experts, comme les comptables sont quant à eux 72 % à l’utiliser alors même que seule la moitié des structures qui les emploient n’ont pas commencé à définir des bonnes pratiques d’utilisation.
Passons sur l’usage d’IA meurtrières, voir l’article du Japan Times qui dénonçait l’usage de l’IA pour générer en un clin d’œil des centaines, des milliers de cibles comme on l’a vu à Gaza, où l’armée israélienne a utilisé l’IA pour identifier des « sympathisants du Hamas » à partir de données plus que douteuses sans aucune possibilité d’une vérification humaine.
L’IA Slop
Un déluge d’images générées par l’IA submerge aujourd’hui le web. Ce phénomène porte un nom : le « slop ». En clair, de la bouillie, des déchets, un immense vomi numérique qui prend la forme d’images fabriquées en masse pour récolter des clics, des vues et bien sûr… de l’argent. Publiée sur YouTube le 11 mars 2025, une vidéo sous forme de gag visuel, un condensé d’absurde mettant en scène un chaton numérique a dépassé les 15 millions de vues en l’espace de six mois. Une autre sur Instagram en mai 2025, a dépassé… les 125 millions de vues. D’après une enquête du Washington Post, elle n’aurait pris que 15 petites minutes de travail à son auteur et lui aurait rapporté… 15 000 dollars !
Derrière le Slop se cache donc une nouvelle économie. Un marché qui incite individus à produire toujours plus de contenus, dans l’espoir d’en fabriquer un qui soit virale.
Ces perspectives d’argent facile ont même fait naître toute une économie parallèle, dédiée à la formation. Nombre de créateurs commercialisent ainsi des prompts et des manuels qui promettent la recette magique pour fabriquer des vidéos à succès.
Ce magma d’images produit par l’intelligence artificielle pose une nouvelle question : Internet peut-il mourir, victime d’une surabondance de contenus ineptes ? Une interrogation vertigineuse, après qu’une étude publiée en 2024 nous apprend que la majorité des contenus publiés sur le web est désormais fabriqué et posté par des machines, qui se font passer pour des êtres humains. Plus réalistes que jamais, ces images abreuvent internet de deepfakes et sèment la confusion.
L’internet des années 90-2000, c’était les autoroutes de l’information, c’était l’idée qu’on pouvait se connecter avec n’importe qui à travers le monde et qu’on pouvait partager de la connaissance, du savoir. Cette utopie est morte et enterrée, nous en sommes désormais si loin.
Pour illustrer, Méta est aujourd’hui si farcie de slop IA et d’arnaques que, l’année dernière, 70 % des sommes subtilisées par des margoulins sur Internet l’ont été sur ses plateformes.
L’IA la fabrique à idiots
Cette IA, ChatBot, ce LLM, on lui délègue de plus en plus pendant que l’on regarde des vidéos alors que lui travaille à notre place. Voir ces tâches ingrates maintenant réalisé en quelques minutes a quelque chose de jouissif n’est ce pas ? Mais vous êtes-vous déjà demandé quelles étaient les conséquences à long terme de cette magie ? Avez-vous pensé au scénario où dans quelques années, après avoir progressivement perdu toutes ses capacités, votre cerveau se sera atrophié ?
La question qui devrait tous nous préoccuper est que ces IA se rendent tellement indispensables que nous devenions plus capable de rien.
Qu’allez vous répondre à vos petits enfants qui dans 2 ou 3 ans vont vous demander :
Papi, mamie, pourquoi je vais à l’école moi ? Si des IA sur simple instruction de ma part peut me produire du texte. Pourquoi j’apprends la grammaire ? Pourquoi j’apprends l’orthographe ?
Pourquoi ? Parce que tout le monde n’a prêché que par utilitarisme pratique. La perspective d’un chatbot capable d’écrire non pas quelques lignes, mais un texte complexe en intégralité, c’est comme un paquet de bonbons pour un enfant le soir d’Halloween.
Puis les lycéens et les étudiants de tous horizons qui vont lui demander à ces IA de leur écrire du code, faire leurs devoirs, évidemment et même les inviter aux examens.
Le premier cas intéressant de triche assisté par IA en France remonte à janvier 2023, à peine 6 semaines après la mise en ligne de ChatGPT. Le professeur, spécialiste du handicap et dans le cadre d’un master, a donné à ses élèves un devoir maison. Sauf qu’au moment de corriger les copies, il remarque que la moitié d’entre elles sont étrangement ressemblantes. Même structure, même nombre de mots et elles finissent toutes par une anecdote personnelle. Apparemment, tous les élèves ont un grand-parent handicapé. Et le plus bizarre, c’est que les copies contiennent beaucoup moins de fautes d’orthographe que d’habitude. Et ce style étrange, à la fois génial et sans âme, vous le connaissez maintenant toutes et tous.
D’après les estimations, en 2025, 80 % des lycéens français utilisaient un LMM, une adoption massive qui a notamment signé la mort des devoirs à la maison. La majorité des enseignants refusent désormais de les noter et certains ont carrément arrêté d’en donner.
La première étape de l’apprentissage, la théorie est la phase où notre cerveau encode l’information. Contrairement à ce qu’on pourrait croire c’est un processus assez simple. Le cerveau est un immense réseau électrique, dans celui-ci, en mode apprentissage, deux zones travaillent ensemble. Le cortex préfrontal, c’est un peu votre mémoire vive, qui gère la concentration et le raisonnement. Et l’hippocampe, c’est lui qui encode les nouvelles informations.
Si notre cerveau est un disque dur, l’hippocampe est la tête d’écriture. Lorsque vous apprenez quelque chose de nouveau, ces deux zones s’activent intensément. Des signaux électriques circulent, des connexions se créent. Notre cerveau est littéralement en train de se recabler. Et c’est là qu’intervient la deuxième étape, la pratique. Remplir un texte à trou, traduire une liste de mots, restituer des caractères. Tout cela force le cerveau à aller rechercher l’information qu’il a stocké. Vient ensuite la transformation de l’effort conscient en automatisme. Plus vous répétez, plus ils prennent le relais jusqu’au moment où ça devient naturel. En réalité, pour apprendre efficacement, il nous faut une troisième étape, la métacognition, la pensée qu’on est capable d’avoir sur notre propre pensée. Au moment de découvrir le résultat d’un exercice, nos neurones dopaminergiques libèrent plus ou moins de dopamine selon que la réponse est correcte ou fausse.
C’est ce signal d’erreur de prédiction, cette carotte qui pousse le cerveau à s’adapter pour conserver les comportements satisfaisants et supprimer les autres, à mettre à jour ses connaissances et sa méthodologie.
Et c’est là qu’on voit qu’un prof à l’ancienne, intervient à chaqune de ces trois étapes. D’abord, il enseigne la théorie, ensuite il force les élèves à mettre en pratique puis il accompagne leur métacognition en corrigeant les devoirs.
Lorsqu’un élève utilise un LLM pour rédiger sa copie, de fait, il est quasiment systématiquement incapable de donner la définition des mots qu’il emploie.
De même quand un élu fera appel à une IA juridique, il sera incapable de donner un sens aux mots qu’il emploiera.
Nous allons juste nous retrouver noyé sous une montagne de texte illisible généré par l’IA, le Slop. Impossible à digérer parce que beaucoup trop verbeux. Pire, nous n’aurons pas compris les bases derrière le problème, les fondamentaux du problème global. L’IA permet d’obtenir des résultats mais sans apprendre, et pire, sans comprendre ce que l’on produit.
Résultat, le jour où votre Livebox tombera en panne, vous découvrirez que vous êtes devenu des poissons rouges, c’est le Google effect.
Donc si on admet que l’IA est ainsi utilisé comme un cerveau auxiliaire, on a déjà une intuition que nos cerveaux sont en train de subir une sorte de Google effect, mais puissance 1000.
Des centaines de milliers d’années d’évolution ont optimisé notre cerveau pour qu’il soit économe en ressources. Pour cette raison, il adore prendre des raccourcis dès que possible, parce que réfléchir ça consomme de l’oxygène et du glucose. Des milliers d’années durant la nature nous a forgé à lutter pour la moindre calorie à consommer ou à économiser. Le piège c’est qu’avec l’IA cette paresse va prendre un virage mortel.
Pendant des millénaires, l’humanité a progressé en se confrontant à la difficulté, c’est cet effort qui sculpte le cerveau, pas le résultat. Et aujourd’hui, pour la première fois de notre histoire, on a un outil capable d’éliminer presque tout effort cognitif.
Lorsque nous auront fait faire tous nos devoirs par l’IA, nous auront perdu notre capacité de jugement critique parce que nous n’auront plus jamais fait ce travail nous même. Et cela arrive précisément à une époque où l’on aurait le plus besoin d’exercer de façon forte notre jugement critique, sur ce qui est important et ce qui ne l’est pas.
Dans le domaine juridique
Changhan Kim, PDG de Krafton, une entreprise majeure du secteur du jeu vidéo s’est retrouvé au centre d’une polémique liée à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Il avait sollicité une IA LLM pour obtenir des conseils sur la manière de se séparer des trois fondateur du studio créateur du célèbre jeu vidéo Subnautica. Cette démarche a soulevé de nombreuses questions éthiques quant à l’emploi des technologies d’intelligence artificielle dans les relations humaines et professionnelles. Finalement, la justice, même aux états unis, a tranché il y a quelques jours et a donné raison aux anciens dirigeants fondateurs limogés. L’éditeur Krafton n’a pas eu d’autre choix que de les réintégrer. Belle exemple de plus-value de l’IA dans la domaine juridique et RH.
L’IA peut-elle servir de conseillère pour se défiler d’un contrat, pour trouver la petite faille qui permettrait de ne pas respecter ses engagements ?
On est face à quelque chose de totalement nouveau et soyons honnête d’assez inquiétant. L’idée qu’on puisse déléguer à un algorithme une décision qui va avoir un impact humain aussi fort, c’est ça le vrai problème de fond.
Il y a un vrai malaise à l’idée qu’une IA puisse s’inviter dans des négociations, dans les rapports humains
Le risque total de déshumanisation pure et simple des relations de travail.
L’emploi et le massacre
On parle désormais de “Job Apocalypse” qui se profile à cause de l’IA.
Une étude publiée par la Coface l’observatoire des emplois menacés et émergents révèle que 16,3 % des emplois en France, soit près de 5 millions de postes, pourraient être menacés par l’IA d’ici 2 à 5 ans.
Le FMI en 2023 indiquait 30 % des emplois exposés dans les pays dits développés.
Ce phénomène ne se limite plus aux tâches répétitives, il touche désormais les métiers les plus qualifiés.
Ce sont aujourd’hui des métiers considérés comme qualifiés, les col blanc, qui sont en première ligne.
Microsoft a annoncé le licenciement de près de 4 % de ses effectifs touchant environ 9 000 salariés pour se recentrer sur l’IA tout en investissant massivement dans ce domaine (jusqu’à 80 milliards de dollars prévus pour 2026).
En janvier 2026, Amazon a officialisé la suppression de 16 000 postes dans ses effectifs mondiaux (principalement des postes administratifs et de bureaux), dans le cadre d’une restructuration visant à accélérer l’adoption de l’IA. Depuis octobre 2025, Amazon a déjà supprimé environ 30 000 postes administratifs, directement du fait de la généralisation de l’IA.
Accenture a procédé à des licenciements massifs également liés à l’IA. Entre l’été et l’automne 2025, le cabinet a supprimé environ 12 000 postes (principalement aux États-Unis), ciblant les salariés jugés incapables de se reconvertir ou de s’adapter à l’intelligence artificielle.
Meta a annoncé en avril 2026 le licenciement de 8 000 salariés, soit environ 10 % de ses effectifs mondiaux. Cette décision s’inscrit dans sa stratégie de recentrage sur l’intelligence artificielle et vise à compenser ses investissements massifs dans ce domaine, entre 115 et 135 milliards de dollars prévus pour 2026.
Prisma a annoncé fin mars un plan de licenciements de 40 % de ses effectifs, soit plus de 260 postes directement imputable à l’IA.
Un gros cabinet de consultants annonce ne plus recruter autant de juniors qu’auparavant parce que précisément ces juniors sont aujourd’hui remplaçables par l’intelligence artificielle.
Listons parmi les emplois les plus menacés : hôte de caisse, guichetier bancaire, comptable, assistants administratifs, comptabilité, service client, consultants, analystes financiers, développeurs de code, graphistes, rédacteurs de contenu, télémarketing, publicité, assistants juridiques, ressources humaines…
Des rédactions journalistiques annoncent que d’ici à 10 ans, il n’y aura peut-être même plus de journalistes dans les rédations…
La grande pénurie
Il y avaient trois grands groupes, Samsung, SK Hynix et l’américain Micron qui dominaient à 90% le marché mondial de la production de puce de mémoire RAM et de stockage SSD.
Mais l’intelligence artificielle a un besoin vorace et insatiable de ces composants. Et avec la montée en puissance de l’IA, la demande en mémoire pour faire fonctionner ses infrastructures explose par rapport aux usages classiques.
Avec la surenchère côté IA, les usines diminuent la production des composants grand publics pour augmenter la production de composants qui sont liés directement à l’intelligence artificielle.
Résultat, la production diminue pour les téléphones, les ordinateurs grand publique, les composants deviennent plus rares et donc les prix explosent.
En l’espace de quelques mois, le prix d’une barrette de RAM pour un PC de bureau entre le 1er novembre 2025 et le 1er décembre 2025 a été multiplié par 3.
Crucial filaile de Micron, marque qui s’adressait historiquement au grand public, a tout simplement fermé ses portes début de l’année 2026 et ne vendra tout simplement plus de mémoire vive à ses clients.
Certains analystes estiment que cela pourrait même entraîner des mises en place de quota des achats pour les consommateurs de certains types de produits et certains produits spécifiques, notamment en matière de SSD ou de RAM.
Cette crise des composants puis la flambée des prix qui en découle, ont même poussé par exemple, l’entreprise Valve dont le chiffre d’affaires annuel est tout de même estimé entre 16,2 et 17 milliards de dollars, une paille, a freiner l’assemblage et la production de sa Steam Machine, entraînant des retards dans le calendrier initial de la sortie de sa machine.
Dans l’immédiat, on estime que la fin de cette pénurie n’arriverait pas au mieux avant l’horizon fin 2028.
Même en 2027, l’offre ne couvrira que 60 % de la demande mondiale, prolongeant la tension sur les prix et la disponibilité
Certains acteurs du secteur estiment même que la pénurie pourrait durer jusqu’en 2030, en raison de l’ampleur de la demande et des délais de construction des nouvelles capacités de production.
énergie, écologie, matières premières
Aujourd’hui, le numérique, c’est à peu près 4 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Cela représente quatre fois les émissions totales de la France. Ces émission représentent la fabrication et la production d’électricité. Et ces émissions de gaz à effet de serre augmentent actuellement de 5 à 8 % par an.
La consommation actuelle des centres de données dans le monde dépasse la consommation d’électricité en France et la tendance nous emmènerait à un triplement de cette consommation en 10 ans.
Une course qui pousserait les data centers à consommer au moins deux fois plus d’électricité qu’aujourd’hui d’ici à 2030, c’est-à-dire autant que le Japon, le 5e pays le plus énergivore au monde.
Et ça augmente actuellement de 13 % par an, beaucoup plus vite que l’économie mondiale et les émissions de gaz à effet de serre associées, elles, augmentent de 9 % par an, beaucoup plus vite que l’économie mondiale aussi.
C’est une croissance qui n’est évidemment pas indéfiniment soutenable.
Aujourd’hui, les data centers qui sont envisagés pour les larges modèles de langage sont d’une puissance de 1 GW. 1 GW c’est un gros barrage hydraulique, une grosse centrale à charbon ou un réacteur nucléaire.
Aux États-Unis, la puissance absorbée par un seul centre de données pourrait être de 10 GW ce qui revient à consommer à lui seul à peu près le 6e de l’électricité française, juste pour un seul data center.
Longtemps ces data centers, on ne les voyait pas vraiment. D’ailleurs, le mot cloud, nuage est devenu le terme associé au stockage numérique. On nous parle de cloud comme si c’était un espèce de nuage qui flottait au-dessus de nos têtes alors que ces données transitent pour stocker, pour calculer et pour faire fonctionner les LLM.Toutes ces infrastructures sont des infrastructures très matérielles, qui consomment énormément d’eau, de métaux, d’électricité et qui ont des impacts locaux extrêmement concrets pour les gens notamment ceux qui habitent autour.
Un centre de données, c’est d’abord une emprise au sol. Par exemple, l’entreprise MTA compte construire en Louisiane un bâtiment à peu près grand comme l’île de Manhattan à New York. Dans ce bâtiment, on trouve des milliers, voire des centaines de milliers de serveurs équipées de GPU qui tournent et chauffent à plein régime.
Chaque data center est équipé d’un système de refroidissement qui le plus souvent utilise de l’eau, beaucoup d’eau. Les data centers de Google en ont englouti 23 milliards de litres en 2023.
Autre impact, les déchets électroniques générés. Une très grande partie des déchets électroniques ne sont pas recyclés et donc à l’échelle mondiale, il y a uniquement 20 % des déchets électroniques qui sont prises en charge dans un circuit organisé de reconditionnement ou de recyclage.
Ce sont, du fait de ces data centers, jusqu’à 5 millions de tonnes de déchets électroniques supplémentaires qui pourraient être générés d’ici à 2030.
Rappelons que mondialement l’électricité continue d’être faite majoritairement avec du charbon et du gaz.
Comme les data centers ont besoin d’une énergie stable en grande quantité et disponible immédiatement, des centrales à charbon qui devaient fermer restent ouvertes et de nouveaux projets gaziers voient le jour. Le pétrolier Exon prévoit même d’ouvrir une centrale à gaz spécialement pour fournir les data centers.
Bill Gates de Microsoft a annoncé la relance de la centrale nucléaire de 3 Mile Island, théâtre d’un grave accident nucléaire en 1979.
Cette trajectoire, elle est évidemment pas du tout compatible avec la décarbonation puisque les émissions dans le monde devraient baisser de 5 % par an pour qu’on limite le réchauffement à 2 degrés.
La question qu’il faut se poser, est-ce utile de rajouter aujourd’hui des systèmes si voraces en énergie ? Une requête sur un LLM en ligne consomme 10 à 15 fois plus d’énergie qu’une requête sur le moteur de recherche Google.
Et cette électricité, on en aurait plutôt besoin pour décarboner le transport, décarboner le logement, décarboner l’industrie et c’est un gâchis de l’affecter à des usages qui ne sont même pas essentiels par rapport au fait de se nourrir, se déplacer ou se loger.
Le futur krach Financier
100 milliards d’investissements mondial dans l’IA. Mise en perspective, l’ONF, c’est 1 milliard par an, 1% pour gérer 10% du territoire français.
Une chose qui n’est pas prise en compte dans l’intelligence artificielle, c’est son coût parce que la plupart de ces entreprises sont aujourd’hui des entreprises naissantes qui touchent des milliards de dollars en dotation et dont le développement coûte très cher.
Et il va y avoir une explosion des coûts rééls de l’inférence qui sont actuellement sous-évalués.
La bombe a retardement enfouie dans les marécages de la finance dérégulée s’impatiente. Le mélange détonnant du «private credit» monte en pression depuis des années. Or les créanciers commencent à paniquer.
Depuis cinq mois, les moins aveugles d’entre nous voient la crise financière arriver.
L’angoisse vient des valorisations boursières délirantes des entreprises de l’intelligence artificielle. OpenAI du célèbre ChatGPT est aujourd’hui valorisée à 800 milliards de dollars alors qu’elle n’a pas encore gagné un seul dollar. Alors même qu’elle a fait 8 milliards de pertes en 2025 pour 20 ridicules milliards de chiffre d’affaires… OpenAI qui ne prévoit d’être rentable qu’en 2030 mais envisage tout de même entre-temps de dépenser 600 milliards supplémentaires.
Le private credit consiste en des prêts directs. Un prêt qui n’est pas du crédit bancaire, ni une obligation émise sur le marché. Un prêt établie entre agents privés non financiers, des relations qui échappent donc à toute forme de régulation.
Des entreprises choisissent de s’endetter dans le private credit plutôt qu’auprès des banques ou par émission d’obligations est souvent le signe qu’elles sont d’une santé financière douteuse.
Elles payent au passage des taux d’intérêt assaisonnée en primes de risque avec le risque direct et la conséquence d’illiquidité.
Ces investissement sont verrouillés jusqu’à la maturité des crédits qui courent en général de cinq à sept ans, et dans le monde de la dette, le poison, c’est le défaut.
Le private credit est donc une épargne contractuellement bloquée, en cas de défaut, les clients n’ont plus qu’à contempler passivement la perte de valeur de leurs actifs.
On estimait qu’environ 30 % des fonds de private credit étaient investis dans le secteur du logiciel, et cela avant même les annonces de l’explosion de l’IA.
L’illiquidité est le cyanure de la finance déréglementée et sa propagation dans toutes les sphère de l’économie est foudroyante.
A date, l’IA n’est toujours pas du côté en tant que valorisations boursières mais n’est que dette.
Et les montants investis actuellement dans l’IA sont sans précédent, ils représentent à eux seuls près d’un tiers de la croissance américaine.
Dans l’IA, le ticket d’entrée est le billion (le millier de milliards) de dollars.
Et dans le domaine de l’IA nous assistons à des tours de table dangereusement circulaires. Le 31 mars dernier, de justesse avant le 1er avril, OpenAI a ainsi finalisé une levée de fonds propres d’un montant délirant de 122 milliards de dollars. Amazon y contribue pour 50 milliards, en contrepartie de quoi OpenAI s’engage à 100 milliards de commandes d’utilisation de son cloud AWS. Dans le même temps, OpenAI et AWS passent des commandes jamais vu de puces GPU à Nvidia. Nvidia entrant à son tour dans le circuit à hauteur de 30 milliards. Les relations de prêts passent à des relations de clientèle et réciproquement. Les parts sont transformées en bons de commande et les commandes font les participations. Se dessine petit à petit moins une pyramide de Ponzi que celle de l’Ouroboros : Le serpent annulaire qui se mord la queue. Le moindre petit incident dans cet anneau consanguin, et tout s’effondre.
OpenAI a réussi l’exploit de faire s’endetter ses partenaires pour leur faire créer les infrastructures de son propre développement, en échange d’engagement de commandes à venir pour un montant de 100 milliards de dollars.
Le private credit serait investi dans l’IA pour 200 milliards de dollars. JP Morgan estime son propre investissement à 1,5 billion de dollars.
Tout repose sur l’horizon indiqué par M. Sam Altman lui-même à propos d’OpenAI, passer d’un chiffre d’affaires de 20 milliards de dollars aujourd’hui à 200 milliards d’ici à 2030.
À l’opposé des profits annoncés par M. Altman à cet horizon, les analystes de HSBC eux, peinent à le croire. Ils prévoient plutôt un déficit persistant de l’ordre de 200 milliards de dollars, du fait de coûts de calcul astronomiques pour un cumul de 1,4 billion à l’horizon 2033 et d’une facture de location de data centers de 620 milliards.
Oui, à la lecture de ces chiffres, de ces montants, des dates d’échéances, il est normal d’éprouver une très légère sensation de nausée et de vertige.
On ne vaporise pas impunément des billons de dollars.
Le moindre petit grain de sable dans les prévisions de profitabilité ou les étapes de refinancement, et tout explose.
Un grain de sable ? Imbécilité stratégique et folie de la Maison Blanche, guerre contre l’Iran, un grain de sable ? Détroit d’Ormuz, énergie. Et sans énergie : rien. Début avril le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie parle d’un choc pétrolier sans précédent dans l’histoire, rappelons que l’IA explose la demande et les factures énergétiques. Un grain de sable ? HSBC estime à 36 gigawatts la captation d’électricité par OpenAI d’ici à la fin de la décennie. Nous pourrions citer l’helium, le cuivre, le nickel dont les approvisionnements sont problématiques du fait des actes du locataire orange de la maison blanche. Un grain de sable ?
Non, nous sommes juste à la veille d’une crise financière, d’une hécatombe du private credit, d’une crise économico-pétrolière, d’un krach et du crédit crunch.
Conclusion et explication de vote
Quel que soit le bout de la lorgnette par lequel on regarde, l’IA est une mauvaise idée et persiste le sentiment que “ça va mal finir”
Ne voyez-vous pas que les chants des sirènes sont bien trop miraculeux pour être réels ?
N’entendez vous pas votre petite voix intérieur, cet instinct ancestral qui vous met en garde contre Kaa, contre “aie confiance petit d’homme”
Le pot de miel n’est-il pas trop beau, trop tentant, trop accessible ?
Avez-vous vraiment envie de participer, de collaborer à tout ça dès la 1ère occasion venue ?
Ne pensez-vous pas que nous ayons ici un rôle qui nous transcende, si ce n’est d’exemplarité, à minima d’éclairage, de conseil envers les salariés qui nous ont accordé leur confiance ?
Voulez-vous vraiment, après cette courte intervention, que je vous explique pourquoi la délégation SUD est contre cette proposition “que l’on ne peut pas refuser” ?Voulez-vous vraiment, après notre vote CONTRE l’adoption par le CSE de la proposition commerciale de Dalloz pour adopter leur GenIA-L Assistant, que je procède ensuite à une petite explication pédagogique de ce vote ?
Pour terminer et en toute transparence, une publication sera effectuée dans la foulée du CSE concernant cette résolution. Elle aura pour objectif d’expliquer aux salariés d’Innovation les tenants, les aboutissants, les enjeux, les acteurs, les votes, brefs, les responsabilités de chacun ici présent concernant un sujet au coeur des problématiques et enjeux humaines actuels.